Arriver – Dans un bruit blanc

Terre à ciel ∙ juillet 2020

Arriver

il
longe          le          fleuve          le          long          de          la          rive



s’ef    	fraye
        	d’un chemin
        	inconnu jusque là



(il fait un pas de côté, un autre pas de côté, se rend compte qu’il est revenu à la position initiale, refait un pas de côté)



remplit
        son corps
        en cette terre qui
        ne plie pliera pas jamais
        sous son poids outre le
        centimètre de boue qui
        dégorgeant le ralentit



(il ne sait pas où il va)



s’en    	racine
        	sans
        	source
        	ni peur



il suture
ses pas
un à
un



re		tombe
             	au bord
             	se re-
             	tourne revient
             	d’où qui ne fuit personne
                                    					poursuit



marche jusqu’à
plus soif et c’est bientôt
que tombe la dernière goutte



il en    terre de
             sa rage
             les cris



s’ef     face à lui-
            même sa peine
            à porter trop lourde



(ne rien dire, ne pas parler : silence dans tout cela et sur toute chose)



il poursuit
        son penchant
                	de la terre



ex-	prime l’urgence dans
		ses pas vite dé-
		passe toute mesure



(qu’est-ce qui pourrait l’arrêter)



il effleure du bout
du pied un brin
d’herbe qui
flotte



es-		suie le revers
		de la terre
		sur sa main



il s’écueille
           sur la rive



s’emmêle et prend terre



et le voici au bout du fleuve, toujours il cherche cela qui le fait, pour une certitude se serait arraché un œil et pour jouer aurait fermé l’autre, en tête sa fuite et dans son sac ses désirs qu’il n’ouvrira peut-être jamais, des certitudes à sacrifier il n’en a plus



																																																										              il
se          laisse          porter          par          le          bruit          du          courant

Dans un bruit blanc


						outre l’air

			j’ai construit

les murs de ma voix


derrière le pays        désitué

je cherche              mon endroit
		un bruit blanc
		où m’envelopper


à peine
		le quadrillage de mes os


poreux        malléable       perméable


je
n’ai qu’un ciel beige où attendre la catastrophe


où
à toi je repense qui
				en mes nouages


						me
						touches
						m’accèdes
						m’accélères


ce soir peut-être
le monde tournera-t-il encore une fois

Ces deux textes ont paru dans la rubrique « Un ange à notre table » de la magnifique revue en ligne Terre à ciel. Ils y sont accompagnés d’un entretien avec Clara Regy où je réponds à des questions sur ma pratique littéraire.