Barlumi – Giulio Burresi

Le Nouveau Recueil ∙ mars 2019

Sans titre

Les traces blanches que tu as laissées
sur les feuilles du salon
ressemblent au givre qui
se forme le soir, en novembre, lorsque le soleil
chaque jour se décide à mourir.
Ce soleil laisse derrière lui une trace éparse
et incompréhensible dans l’air rosé
et violacé du soir.
Toi, tu as laissé des empreintes
qui ne parlent pas mais qui
muettes
sont des statues superposées
de fragments de toi.

Réconciliation

De la cruche sur la colline de ton cou
goutte la nécessité de sentir que
tu existes encore : tu n’es ni un vain espoir
ni un souvenir fumeux étalé sur
les murs d’un Mc Donald’s enfumé
de frites, tu n’es pas l’effrayante perfection
du tyger que chante Blake, tu n’es pas un soleil
furieux de changer désespérément.
Tu es toi – enfin.
Je bois à petites gorgées un thé chaud et solitaire
tandis que de l’autre côté du téléphone tu susurres
les mots que j’aurais toujours voulu
t’entendre dire.

Séparation

L’heure de la mandarine, que tu cueillais
chaque après-midi sur l’échelle
près de la maison
de la frontière, est passée.
Tu désespères à l’idée que la tempête de
fleuves, de mers, de courants,
puisse cesser de vivre.
Moi, tandis que je me promène
dans le midi ensommeillé
d’un jour d’été froid,
la pâleur recouvre mon visage.
C’est toujours d’une façon différente de la mienne
que tu réagis aux adversités de la vie.
Aujourd’hui, je n’ai pas été saisi
par la laine rêche de ta peau.
Tu cueilleras une mandarine
de marbre,
squelette nu
d’un sentiment épuisé.

Giulio Burresi, Barlumi, Roma, Il Filo, collection “Nuove Voci. Le Piume”, 2006.

Giulio Burresi est né en 1988 à Sienne. Ces traductions de ses poèmes ont été publiées en document dans Le Nouveau Recueil ; on y trouve quatre autres textes, dont un inédit écrit de 2018. L’auteur m’a également adressé un texte inédit en avril 2020 que j’ai traduit ici.