En parallèle de l’écriture et de la traduction, j’ai suivi un parcours académique : après deux ans de classe préparatoire littéraire au lycée Louis-le-Grand, j’ai intégré l’École Normale Supérieure de Paris. Au cours de mes six années là-bas, j’ai écrit mes deux mémoires sur l’oeuvre de Philippe Jaccottet, j’ai obtenu l’agrégation de lettres modernes et j’ai passé deux ans à l’étranger, d’abord en séjour de recherche à l’Université de Sienne, puis en lectorat à l’Université de Cambridge (King’s College).

À partir de la rentrée 2021, je mêlerai mon activité littéraire et mon activité académique en effectuant un doctorat en recherche-création littéraire à l’Université d’Aix-Marseille ; je travaillerai sur le sujet : « Écrire la maladie : une enquête poétique ». Ci-dessous se trouve une version abrégée de mon projet de thèse.




La maladie grave est perçue comme relevant de l’indicible, le sujet étant mis au seuil de la vie et de la mort. De même qu’il est poussé à sa propre limite, l’écriture de la maladie l’est aussi : elle se fait tâtonnante, hybride, pour raconter l’accident ou lorsque l’accident se raconte de lui-même (en faisant, malgré le sujet, un retour en biais).

Cela, je l’ai expérimenté en avril 2020 après un infarctus à la suite duquel j’ai écrit « En cœur », treize pages hybrides pour recoller mes morceaux. Avec le recul, je réalise que ce n’était pas assez. Mais comment écrire la maladie en poésie, et pourquoi ? Je mènerai de front un travail théorique pour répondre à cette question à l’aide d’un corpus défini, et je mettrai en application mes résultats dans mon travail littéraire, sous la forme d’une enquête mêlant poésie, narration et document.

Le langage du patient, largement métaphorique lors de l’anamnèse, est vite confronté au langage médical : l’écart entre les deux ouvre un espace d’écriture indéfini, hybride (entre sensation intime et donné médical) où le sujet peut se reconstruire, se réapproprier ce que la maladie lui a dérobé en le comprenant dans la narration de soi – renouant ainsi avec la conception thérapeutique de l’écriture comme outil de résilience et lui donnant une valeur épistémologique testimoniale, particulièrement intéressante dans le cas de la poésie qui, par son hybridité formelle, cristallise la tension entre objectivité et subjectivité.

Pour mener mon étude, je m’appuierai sur un corpus en quatre volets : poétique (recueils formellement hybrides portant sur la maladie), de théorie littéraire (pour interroger les dichotomies poésie/récit et poésie/document en les englobant dans la notion d’enquête poétique), de terrain (témoignages de malades et résultats d’ateliers d’écriture en hôpital) et philosophique.